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« Rien ne vous prépare à ça » : entre leur travail et le soutien à leurs proches, la double vie des salariés aidants

La France compte plus de huit millions de personnes accompagnant un proche malade ou handicapé. Plusieurs d’entre elles, interrogées par « Le Monde », jugent que le futur congé rémunéré présenté le 30 septembre ne répond pas aux besoins de tous.

Par Catherine Quignon Publié le 01 octobre 2019 à 14h35 – Mis à jour le 04 octobre 2019 à 18h16

Installée en Asie, chargée du marketing pour un groupe du CAC 40, Bérangère Penaud voit sa vie basculer en 2010, quand elle reçoit la visite de son père. La jeune femme se rend compte qu’il a du mal à trouver ses mots et adopte un comportement erratique. Rentré en France, son père est finalement diagnostiqué Alzheimer. « C’est alors que j’ai découvert la grande famille des aidants familiaux », ironise Bérangère Penaud.

La maladie prenant de plus en plus de poids, l’expatriée choisit de rentrer en France pour aider sa mère à s’occuper de son père. Elle retrouve un poste à responsabilités équivalentes, mais peine à concilier son activité professionnelle et ses responsabilités familiales.

« Ma hiérarchie faisait ce qu’elle pouvait pour me libérer du temps, mais j’étais clairement moins concentrée sur mon travail », souligne-t-elle. Une situation qui l’a finalement incitée à prendre un virage professionnel radical, puisqu’elle finit par démissionner en 2016 pour mettre sur pied une plate-forme d’aide aux aidants, baptisée Amantine. Un changement de voie en cohérence avec son vécu personnel : « Evidemment, ce type d’épreuve vous questionne sur le sens de ce que vous faites. »

Aucun répit

Comme Bérangère Penaud, un nombre croissant de salariés se retrouvent à accompagner un proche malade ou handicapé, tout en devant mener de front leur activité professionnelle. Selon l’Association française des aidants, la France compte plus de 8 millions de personnes dans cette situation, dont la moitié sont salariées. Une proportion appelée à augmenter mécaniquement, en tenant compte du vieillissement de la génération issue du baby-boom et de la stagnation de l’espérance de vie en bonne santé.

Afin de soutenir les salariés devant s’occuper d’un proche dépendant, le gouvernement a annoncé la mise en place d’un congé rémunéré pour les proches aidants de 43 à 52 euros par jour. « Mais pour les travailleurs libéraux, aucune aide n’est prévue », regrette Vincent Lecourt.

A la tête d’un cabinet d’avocats, ce professionnel a vu il y a un an et demi son père mourir d’un cancer et sa mère connaître peu après des épisodes de démence. « Rien ne vous prépare à ça », considère-t-il. Chamboulé, Vincent Lecourt ne connaît pourtant aucun moment de répit. En plus de devoir gérer toute la paperasse, il accompagne sa mère dans ses rendez-vous médicaux et, en l’absence de l’auxiliaire de vie, doit parfois s’en occuper lui-même. « Je passais tous les jours chez elle pour voir s’il n’y avait pas de problèmes », se souvient-il.